Bonjour,
Si beaucoup de jetons de machines à sous ont été émis pour des établissements parisiens, les bars d’Orléans se sont bien défendus aussi.
En voici le plan :

On commencera la visite par le centre de la vie nocturne orléanaise, la rue de Bourgogne
et le Paxton, fameux bar où se relayaient de multiples musiciens.
Au siècle dernier, je me souviens d’un diner d’affaires avec des anglais de Manchester qui étaient époustouflés par l’ambiance musicale de cette rue et le monde qui s’y bousculait. J’avais omis de leur préciser que le 21 juin était quand même une date un peu particulière …
1) On trouve notre premier jeton chez Eugène Bouard (1881-1915), débitant de vin au 113 rue de Bourgogne, à l’angle de la Rue de la Tour-Neuve. On voit sur la carte postale de 1906 les échoppes des tonneliers.
2) En progressant vers le centre, on a le débit de vin « Grand comptoir de Paris » à l’angle de la rue de Bourgogne et de la rue Thiers (Source 1900)
3) A la fin de la rue de Bourgogne, on traverse la rue Royale pour rejoindre la rue du Tabour.
Se tenaient là deux enseignes communes « Bar Français » et « Central comptoir » qui ont émis des jetons.

Cet établissement était composé de deux niveaux comme l’indique cette coupure de presse (Source 1920)
Un vol de 7.500 francs
Dans l'après-midi de lundi, une somme de 7,500 francs a été volée à M. Gilles, débitant de vins à l'enseigne : « Au Bar Français », a l'angle des rues Royale et du Tabour. Le débitant s'était rendu au champ de courses, laissant à sa femme la garde de l'établissement, composé du rez-de-chaussée où se trouve le débit et d'une salle de billard située au premier étage. Il est évident que durant toute la journée Mad. Gilles ne put utilement exercer une surveillance dans les deux salles à la fois. Quelqu'un profita de la circonstance : il monta jusqu'au deuxième étage où sont les appartements des époux Gilles et y pénétra sans difficulté, la porte n'étant pas fermée à clé. Il fouilla les meubles et fractura un secrétaire où il trouva une liasse de billets. Il s'en alla ensuite, comme il était venu, c'est-à-dire sans attirer l'attention de personne.
La police le recherche, mais sans espoir de le rencontrer.
4) Continuant la rue du Tabour, il y avait sur la droite la rue Vieille-Poterie qui a été supprimée lors de la reconstruction après la deuxième guerre.
Source wikicollection
Peut-être une évocation bretonne des marais de Brière avec les moulins à vents dans les prés ?
5) Au bout de la rue du Tabour, on descend, sur la gauche, la rue Notre-Dame-de-Recouvrance
Café Bousserande « A la tasse d’Argent » 41 rue Notre-Dame-de-Recouvrance (source 1927)
On en a fini avec la partie sud d’Orléans, proche de la Loire, un p’tit tour du côté du boulevard périphérique avant de rejoindre le cœur bourgeois d’Orléans autour de la cathédrale et de la place du Martroi.
6) Arraud - Boulevard Rocheplatte – Source collectiondemonnaie.net
Adolphe Arraud, voyageur de commerce domicilié rue de la Poterne à Orléans, orphelin de père, se marie le 15 juin 1897 (Je vous fais grâce des références des archives d'état civil).
Mme Germaine Marguerite Arraud, née le 20 juillet 1901, ses parents habitant alors rue du château Gaillard, Orléans. Lorsqu’elle se marie en 1920, elle habite avec ses parents au 31 bd. Rocheplate.
Lors de la naissance de Fernand ARRAUD, le 2 mai 1910, son père Adolphe est débitant de tabac et ses parents habitent 14, rue de Loigny, Orléans, où ils sont toujours lors du recensement de 1911.
Il est communément admis que ce type de jeton ’’élaboré’’ (avec adresse, nom d’émetteur et de la finesse dans la gravure) a été émis avant guerre. On peut donc resserrer la période d’émission de 1911 à 1914.
7) Et voilà maintenant, face à la cathédrale, la buvette de l’institut qui faisait référence à l’institut musical, place Sainte-Croix, qui deviendra plus tard le conservatoire de musique. Je n’ai rien trouvé sur le tenancier Bouchaud.
On voit le bar et le marchand de vin sur la gauche. (Source 1906).

Il existait aussi un autre « bar de l’institut » (Source 1895), la musique ça donne soif.
8) On se faufile maintenant à travers la rue Sainte-Catherine pour rejoindre la place du Martroi.
Les deux rotondes se font face des deux côtés de la rue de la République.
Le Grand bar du Martroi émet des jetons au nom de Julien.
Las, ledit Julien n’y resta pas suffisamment longtemps pour y être recensé (recensement tous les 5 ans sauf 1916). Extraits des recensements :
« Grand bar du Martroi » 20 place du Martroi et 2 la rue de République. (Source 1898)
22 Place du Martroi - Alexandre Raignaut (1901), limonadier.
20 Place du Martroi - Alexandre Raignaut (1906), limonadier
2 Rue la république - Alexandre Raignaut (1911), cafetier
20 place du Martroi – Louis Affouard (1921), limonadier
2 Rue la république – Eugène Chant [sic] (1926), limonadier
Bar du Martroi – Chaux (Janvier 1928)
Bar du Martroi – Affouard (13 avril 1930)
2 Rue la république – Jean Affouard (1931), limonadier
20 Place du Martroi – Jean André Affouard (1936), limonadier
On ne peut pas être plus précis dans la datation, n’ayant pas d’information sur le propriétaire de 1911 à 1921.
9) Et le concurrent juste en face, côté impair de la rue de République, n’aurait-il pas aussi émis de jetons ?
Eh bien si, il a émis des jetons mais pas du même type.
Source ORLÉANS ET LE LOIRET, Quand la nécessité se fait monnaie, de Philippe Grossin
Source collectiondemonnaie.net
Les machines à sous distribuaient probablement ce type de jetons avant 1902, jetons dont certains, je pense au 30 centimes, ont sans doute continué à circuler après la loi de 1902, on va quand même pas jeter tous les jetons d’un coup !
On notera cette annonce, bien de l’époque 1900 😊
10) On arrive au bout de cette promenade orléanaise et on peut remarquer que tous ces jetons (à part ceux du café de la Rotonde) sont du même type. J’avancerais bien l’hypothèse qu’entre 1911 et 1914, Cartaux dépêcha un commercial à Orléans pour faire le tour de tous les débits de vins, bars et cafés et leur proposer des lots de jetons (en général 500 jetons par machine). Et comme notre commercial était pressé, il commit une grosse bourde.
Il fit graver des jetons au nom de Ribouy qui n’est pas un patronyme, ni français, ni étranger. On rencontre exceptionnellement Ribouy uniquement pendant la révolution lorsque ceux qui étaient en charge des registres d’état-civil savaient à peine tenir un stylo.
Le nom du propriétaire n’était donc pas Ribouy mais Jules Cyprien Riby qui achète le débit de vins « comptoir Jeanne d’arc » au 22 rue Bannier, en 1909 à Charles Vergnault, et le revend entre 1917 et 1921. Gageons qu’il a du être surpris quand il a reçu ses jetons 😊

Pour être complet, on notera le débitant de vin Gogois, situé près de l’octroi, outre-Loire.
Source collectiondemonnaie.net
(Source 1911)
Et le fabricant de machine à sous Le Dentu dont l’adresse à Orléans reste inconnue.
Source wikicollection
Un jeton rare, dont on trouve trace dans « La vie du collectionneur 237 - les jetons de machines a sous », nous apprend que Le Dentu était associé avec Pierre Guillebert.
Avec une loupe nettoyante :
Jargeau, situé à 4 lieues d’Orléans en amont de la Loire, est réputé pour la bataille de Jargeau, et l'andouille de Jargeau (et oui il n’y a pas qu’en Bretagne et Normandie qu’on trouve de véritables andouilles). Après que Jeanne d’Arc eut brisé le siège d’Orléans, la bataille de Jargeau bouta l’anglois hors de la vallée de la Loire.
Pierre Guillebert est lieutenant, mécanicien constructeur à Jargeau.
De ce jeton, on déduit que l’atelier de fabrication était à Jargeau et que les associés avaient une représentation à Paris.
Dans l’entre-deux guerres, l’activité principale de Pierre Guillebert est la mécanique agricole.
4ème foire aux haricots de Jargeau - 1936

[edit] Colnect liste un jeton de Henri Arroman, recensé en 1911 au 54 place du Chatelet en tant que débitant de vin.

Les halles occupent toute la place du Chatelet






























